Guide · Cas particuliers
Changer de site sans tout perdre
Une migration se prépare pendant des semaines, s'exécute en une nuit, et se joue pendant les six mois qui suivent.
On appelle migration toute opération qui change les adresses ou la structure d'un site : refonte, changement de domaine, passage en HTTPS, fusion de deux sites, changement de plateforme.
Le relevé d'avant bascule
C'est le document le plus important, et celui qu'on oublie le plus souvent. Il se fait dans les jours qui précèdent, et il contient cinq choses.
La liste complète des URL existantes, avec leur statut et leur canonique, produite par un crawler.
Le nombre de pages indexées, par gabarit, tiré du rapport d'indexation.
Les clics, impressions et positions moyennes des trois derniers mois, exportés par page et par requête.
Les positions relevées sur un panel figé de vingt à cinquante requêtes, avec la date.
La liste des pages qui reçoivent des liens externes, classée par nombre de domaines référents.
Sans ce relevé, personne ne pourra dire dans trois mois si la migration s'est bien passée.
La table de correspondance
Chaque ancienne URL doit avoir une destination. Les règles.
Une correspondance par page, jamais une redirection globale vers l'accueil pour ce qui n'a pas d'équivalent.
Une redirection permanente, en 301, et pas une temporaire.
Un seul saut. Si l'ancien site avait déjà des redirections, elles doivent être aplaties : l'URL d'origine pointe directement vers la destination finale.
Les pages sans équivalent réel renvoient une erreur franche. C'est plus honnête et moins coûteux qu'une redirection trompeuse.
Le jour de la bascule
L'ordre compte.
Vérifier que le nouveau site n'est pas bloqué : un robots.txt de recette laissé en place a déjà coûté des trimestres à des sites entiers.
Activer les redirections en même temps que la mise en ligne, pas après.
Soumettre le nouveau plan de site, et conserver l'ancien quelques semaines pour que le moteur redécouvre les anciennes URL et suive les redirections.
Déclarer le changement d'adresse dans la Search Console si le domaine change.
Vérifier un échantillon de cinquante redirections à la main, en couvrant chaque gabarit.
Les six mois qui suivent
C'est là que se joue le résultat, et c'est la phase que personne ne budgète.
Une étude portant sur 1 052 migrations de nom de domaine situe la durée médiane de récupération à environ dix mois, avec 42 % des cas au-delà d'un an. Ces chiffres ne décrivent pas des projets ratés, mais le comportement normal d'un site qui change d'adresse.
Les pertes viennent rarement d'une erreur unique. Elles s'accumulent : quelques redirections en chaîne, un paramètre canonique oublié sur un gabarit secondaire, un bloc de contenu perdu sur trois cents fiches. Chaque écart pèse peu, leur somme pèse beaucoup.
Le suivi consiste donc à comparer, chaque semaine puis chaque mois, l'état actuel au relevé initial, gabarit par gabarit. L'indicateur le plus fiable n'est pas le trafic total, trop bruité, mais le nombre d'URL indexées par gabarit.
Nous avons consacré à ce point une analyse dédiée, fondée sur cette même étude.
Ce qu'il faut budgéter
Une migration facturée jusqu'au jour du lancement est à moitié financée. Prévoyez une ligne de suivi sur six mois, avec un point mensuel documenté et une capacité de correction rapide.
C'est moins spectaculaire qu'un audit de trois cents pages, et statistiquement bien plus déterminant.