Google masque ses liens de résultats derrière une redirection
Le lien d'un résultat Google ne porte plus l'adresse du site mais celle de Google, suivie d'un paramètre encodé que personne ne sait lire avant le clic. L'entreprise l'a confirmé le 26 août 2026, en une phrase. Le coût du changement ne pèse pas sur les internautes : il pèse sur tout ce qui lit une page de résultats sans être humain.
Un résultat organique portait l'adresse du site directement dans son attribut href. Le navigateur l'affichait en bas de la fenêtre au survol, et le clic partait vers le domaine sans intermédiaire. Cette mécanique avait vingt-cinq ans. Elle a changé cet été.
Ce qui a changé dans le code de la page
Le lien d'un résultat pointe désormais vers google.com/goto, avec un paramètre url sérialisé en protobuf, le format d'échange interne de Google. Personne n'est parvenu à le décoder depuis l'extérieur. La destination réelle n'existe donc qu'au moment du clic : Google reçoit la requête, répond par une redirection 302, et le visiteur arrive sur le site.
Pour lui, rien ne bouge ou presque. Le temps de chargement augmente de façon imperceptible, la page d'arrivée est la même.
Deux précisions, parce que le sujet circule mal. L'adresse du site reste affichée en clair, en texte, sous le titre du résultat : ce qui disparaît est l'aperçu au survol de la souris, pas l'URL. Et le comportement n'est pas uniforme. Plusieurs professionnels observent les liens goto surtout en navigation déconnectée, de manière plus aléatoire sur un compte Google connecté. Deux personnes qui testent côte à côte peuvent voir deux choses différentes, ce qui a longtemps retardé la reconnaissance du phénomène.
Trois dates, et une confirmation en une phrase
Le premier signalement remonte au 23 juin 2026 : un consultant repère des liens goto que presque personne n'arrive à reproduire. Search Engine Roundtable en parle le 8 juillet, sans parvenir à les observer de son côté. Le dossier reste classé comme un test limité.
Le 26 août, un porte-parole de Google déclare à Search Engine Roundtable et à Search Engine Land que l'entreprise déploie régulièrement des mesures techniques contre les abus, pour protéger ses services et ses utilisateurs. C'est l'intégralité de la communication officielle. Pas de billet de blog, rien dans Search Central, et le mot goto n'apparaît dans aucun document.
Le même jour, Derek Perkins, fondateur de l'outil de suivi de positions Nozzle, relève le comportement sur la quasi-totalité des résultats, mesuré depuis plusieurs fournisseurs d'adresses IP résidentielles. Autrement dit dans les conditions d'un internaute ordinaire, pas d'un centre de données. Le test était devenu un déploiement.
Le coût retombe sur ce qui lit les résultats sans être humain
Encoder une adresse qu'aucun lecteur humain ne consulte n'a de sens que si la cible est une machine.
Jusqu'ici, un outil qui récupérait une page de résultats lisait cent destinations d'un coup, dans le HTML servi. Une requête, cent adresses. Il faut maintenant suivre chaque lien individuellement pour connaître sa destination. Nozzle a chiffré l'opération : entre 500 et 1 000 requêtes HTTP pour résoudre les liens d'un suivi de positions portant sur cinq pages de résultats. Et Google refuse les requêtes HEAD, la version allégée qui n'aurait rapatrié que les en-têtes. Aucun raccourci, donc.
La facture ne se limite pas au débit consommé. Multiplier par cent le nombre d'appels rend l'activité beaucoup plus visible pour les systèmes anti-robots de Google. Suivi de positions, audit, archivage : tout ce qui lit une page de résultats coûte plus cher à faire tourner et se repère plus facilement.
Un procès perdu en juillet, une réponse technique en août
Le calendrier judiciaire mérite d'être posé à côté du calendrier technique.
En décembre 2025, Google attaque SerpApi, société qui revend l'accès aux résultats de recherche via une API, sur le fondement du DMCA, la loi américaine sur le droit d'auteur. Le 20 juillet 2026, la juge Yvonne Gonzalez Rogers rejette la plainte : une page de résultats de recherche n'est pas une œuvre protégeable. Google dépose une plainte modifiée le 10 août, recentrée sur les Knowledge Panels.
Entre ces deux dates, les liens goto passent du test confidentiel au déploiement quasi général, confirmé le 26 août.
Google n'a jamais rapproché les deux dossiers, et rien ne permet de l'affirmer à sa place. Reste une observation : ce que le tribunal a refusé d'accorder sur le terrain du droit, l'encodage l'obtient sur le terrain technique. Une entreprise qui a bâti son moteur en collectant le contenu des sites du monde entier rend aujourd'hui plus coûteuse la collecte de ses propres pages.
Les moteurs de réponse citent déjà des adresses goto
C'est l'effet le plus concret pour le GEO. Début septembre 2026, Metehan Yesilyurt, de Peec.ai, a documenté des liens google.com/goto apparaissant comme sources citées dans ChatGPT, Claude, Perplexity et Copilot. Pas l'adresse du site cité : celle de la redirection.
Les moteurs de réponse qui s'appuient sur les résultats de Google, en direct ou par un fournisseur de données, récupèrent donc des liens opaques et les restituent tels quels. Le 27 août, un de ces fournisseurs mesurait que plus de la moitié des pages de résultats contenant un AI Overview portaient au moins un lien non résolu, contre presque zéro sur l'organique classique. La correction est arrivée le lendemain, mais le point de friction est identifié.
Une couche d'opacité s'ajoute donc entre un site et la façon dont les assistants le citent, sur un terrain où la traçabilité des sources était déjà difficile à établir. Nous détaillons ce mécanisme dans notre analyse sur la manière dont les moteurs de réponse choisissent leurs sources.
Le survol ne protège plus, et il protégeait déjà mal
Vérifier une destination en survolant un lien est un vieux réflexe de prudence. Sur Google, il ne sert plus à rien.
La perte est réelle, parce que les résultats sponsorisés restent une porte d'entrée classique pour l'hameçonnage. En mars 2026, les chercheurs de Push Security ont documenté la campagne InstallFix : des copies de la documentation de Claude Code, l'outil de développement d'Anthropic, reprenant le design, le logo et la barre latérale de l'original. Seule la commande d'installation changeait. Copiée dans un terminal, elle installait Amatera Stealer, un logiciel qui siphonne les mots de passe, les cookies de session et les portefeuilles de cryptomonnaies. Ces pages étaient poussées en tête de Google par Google Ads, sur des requêtes du type « Claude Code install ».
Le survol aurait-il sauvé ces développeurs ? Probablement pas. L'adresse sous le titre était visible, et le domaine, hébergé chez Squarespace, ressemblait assez à l'officiel pour passer. Le problème tenait au copier-coller sans lecture.
La règle ne change pas, elle devient seulement plus impérative : pour un logiciel, un support technique ou une banque, tapez l'adresse officielle vous-même, et mettez-la en favori.
Ce qu'un éditeur de site a réellement à faire
Rien, côté technique. La redirection goto ne touche ni l'exploration, ni l'indexation, ni le classement, ni les données de Search Console. Aucune redirection à ajouter, aucune balise canonique à revoir. Sistrix et DataForSEO annoncent déjà résoudre la quasi-totalité des liens.
Le seul effet visible tient dans les rapports. Des trous peuvent apparaître dans les courbes de suivi de positions de septembre, le temps que chaque outil s'adapte, et ces trous ne sont pas des pertes de trafic. Avant de lancer un audit sur une chute datée de fin août ou de début septembre, comparez la même période dans Search Console : si les clics et les impressions n'ont pas bougé, le problème est dans l'outil, pas dans le site. La méthode de lecture est celle que nous décrivons pour repérer l'effet des AI Overviews.
Sources
- Search Engine Roundtable, 8 juillet 2026 : premier signalement public des liens goto
- Search Engine Roundtable et Search Engine Land, 26 août 2026 : confirmation par un porte-parole de Google et relevé de Derek Perkins (Nozzle)
- PPC Land, 27 août 2026 : volume de requêtes nécessaires à la résolution, redirection 302, refus des requêtes HEAD
- Cour fédérale du district nord de Californie, ordonnance du 20 juillet 2026 dans Google contre SerpApi, juge Yvonne Gonzalez Rogers
- PPC Land : plainte modifiée déposée par Google le 10 août 2026, recentrée sur les Knowledge Panels
- Push Security, BleepingComputer et Dark Reading, mars 2026 : campagne InstallFix et Amatera Stealer
- Peec.ai, Metehan Yesilyurt, septembre 2026 : liens goto cités comme sources par ChatGPT, Claude, Perplexity et Copilot
- DataForSEO, 27 et 28 août 2026 : taux de résolution des liens et part des AI Overviews concernées
Stéphane
Stéphane Delgado dirige la rédaction d'aifluence. Consultant SEO et GEO, il anime le podcast Parlons SEO GEO et a créé la méthode Passeport vers la Citation.